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Le jeu du souvenir menteur : quand on invente sans le savoir

On a joué à se raconter des souvenirs de vacances. Puis on a comparé les versions. Romane et moi n'avions pas vu le même voyage. Et personne ne mentait.

Date17 mars 2026
Âge cible6-10 ans
Durée30 minutes
MatérielAucun matériel — juste des souvenirs communs, Optionnel : un carnet pour noter les versions de chacun

Romane se souvenait très clairement du singe.

Un grand singe roux, assis sur un rocher, qui l'avait regardée dans les yeux. Elle pouvait décrire ses mains. Il n'y avait pas de singe.

On était au zoo de la Palmyre en août. J'avais les photos. Pas de singe roux, pas de rocher. Des loutres, des flamants, un ours qui dormait.

Ce que la mémoire fabrique

Une IA qui génère du texte ne "ment" pas quand elle invente des faits. Elle fait ce que son entraînement lui a appris à faire : produire quelque chose de plausible, de cohérent, de bien formé. Quand elle manque d'information, elle comble. Pas par mauvaise volonté. Par construction.

On appelle ça une hallucination. Mais le cerveau humain fait exactement la même chose. Les souvenirs ne sont pas des enregistrements. Ils se reconstruisent à chaque fois qu'on les rappelle, et à chaque reconstruction, ils peuvent dériver.

Le singe de Romane est peut-être né d'un livre, d'un rêve, d'une autre visite. Il est devenu réel à force d'être présent dans sa mémoire.

L'activité

Pas besoin de matériel. Juste un souvenir commun récent, un voyage, un repas, un anniversaire, quelque chose que tout le monde a vécu ensemble.

Chacun raconte sa version sans interrompre les autres. En détail. Les couleurs, les sons, ce qu'on a mangé, dans quel ordre ça s'est passé.

Puis on compare.

Là où les versions divergent, on pose la question : "Tu es sûr ? Pourquoi tu t'en souviens ?"

La deuxième étape, si on a des photos du moment en question : on vérifie. On confronte les souvenirs aux images. Pas pour humilier qui que ce soit. Pour voir ensemble comment la mémoire travaille.

Ce qui s'est vraiment passé

On a commencé par le zoo. Romane a décrit le singe avec une conviction tranquille. Meryl se souvenait d'une glace à la framboise qu'il aurait mangée près de l'entrée. Il n'avait pas mangé de glace ce jour-là, on avait vérifié les horaires, on était partis juste après le repas.

J'ai sorti les photos sur mon téléphone. On a fait défiler.

Romane a regardé les photos en silence. Pas de singe. Elle a regardé encore. "Peut-être que le photographe n'était pas là au bon moment." Elle n'abandonnait pas facilement le singe.

Ce qui m'a semblé important à dire à ce moment-là : personne ne mentait. Romane n'inventait pas le singe pour m'embêter. Son cerveau lui avait fourni un souvenir complet, cohérent, avec des détails visuels précis. Elle y croyait parce que ça ressemblait exactement à un vrai souvenir.

J'ai dit que c'est ce qu'on reproche parfois aux IA. Qu'elles répondent avec la même assurance pour les choses vraies et pour les choses inventées. Que la confiance dans la voix ne garantit pas la vérité du contenu.

Romane a réfléchi. "Donc il faudrait qu'elle dise quand elle est pas sûre ?"

Oui. C'est exactement le problème que les gens qui fabriquent les IA essaient de résoudre.

Pour finir

Le singe est devenu une blague de famille. Quand quelqu'un affirme quelque chose avec trop de certitude, on dit "c'est le singe de la Palmyre".

Est-ce qu'un souvenir qu'on n'a pas vraiment vécu mais qu'on croit avoir vécu compte quand même comme un souvenir ?

Ce qu'en ont dit les enfants

Romane était convaincue qu'il y avait un singe au zoo de la Palmyre. Il n'y avait pas de singe. Meryl se souvenait très précisément d'une glace qu'il n'avait pas mangée ce jour-là.