Romane m'a demandé si l'IA rêvait.
On était à table. J'avais mentionné quelque chose sur mon travail, un outil que j'utilisais, une réponse générée automatiquement. Elle avait écouté sans rien dire, puis elle avait posé la question entre deux bouchées, comme si elle y avait réfléchi depuis un moment.
Meryl continuait de manger ses pâtes.
Je n'ai pas su répondre.
Pas parce que la question est difficile (elle l'est, mais pas de cette façon-là). Parce que je n'avais pas les mots. Pas les bons mots, pas pour elle, pas à cet âge, pas sans transformer la réponse en cours magistral ou en esquive.
J'ai dit quelque chose de vague. Elle a hoché la tête et on est passés à autre chose.
Mais ça m'est resté.
Ce que j'ai réalisé ce soir-là
Je travaille avec des outils d'IA depuis un moment. Je lis sur le sujet, je m'y intéresse, je m'en sers. Et pourtant, face à la question de ma fille de six ans, j'avais improvisé une réponse floue.
Ce n'est pas un problème de connaissance. C'est un problème de traduction.
Il y a un fossé entre comprendre quelque chose pour soi et savoir l'expliquer à quelqu'un qui n'a aucun des mêmes repères. Les enfants n'ont pas de métaphores techniques disponibles. Ils n'ont pas "réseau de neurones", "données d'entraînement", "modèle de langage". Ils ont des cuillères, des cailloux, des blagues de cour de récré, et une capacité à repérer les esquives beaucoup plus fine qu'on ne le croit.
Ce blog est né de ça. Pas d'un plan pédagogique. D'une réponse ratée.
La première activité (non préparée)
Quelques jours après, j'ai essayé quelque chose. Pas d'objectif clair, pas de matériel, pas de structure. J'avais imprimé quatre photos (trois chats, un chien) et je les avais posées sur la table après le dîner.
"Lequel est différent des autres ?"
Romane a pointé le chien immédiatement. "Lui. Il ressemble pas aux autres."
Meryl a regardé les photos. Il a pointé le même. "Lui il a pas les mêmes oreilles." Puis il a voulu garder la photo du chat roux parce qu'elle lui plaisait.
J'ai dit : "C'est exactement ce que fait une IA : elle cherche celui qui ressemble pas aux autres."
Romane a froncé les sourcils. "Mais elle a des yeux ?"
Et voilà. On était partis.
Cette conversation a duré vingt minutes. Elle n'avait rien de structuré. On a parlé de comment les ordinateurs "voient" les images, de pourquoi une IA peut se tromper si on lui montre un renard et qu'elle a surtout appris avec des chiens. Meryl a demandé si le chien sur la photo avait un prénom. On a dit que non. Il a trouvé ça dommage.
Aucune préparation au-delà des quatre photos. Juste des questions qui appelaient d'autres questions.
À la fin, Romane a demandé : "On peut refaire demain ?"
Ce que ce blog est, et ce qu'il n'est pas
Ce n'est pas un guide pédagogique. Je ne suis pas enseignant, je ne suis pas chercheur en IA, je ne suis pas expert en développement de l'enfant.
Je suis un père qui trouve le sujet important et les enfants capables (beaucoup plus capables qu'on ne l'imagine) d'en saisir les idées fondamentales si on leur présente autrement qu'avec des slides et des définitions.
Chaque article ici documente une tentative réelle. Certaines fonctionnent bien. Certaines dérivent. Meryl part avec une photo au mauvais moment. Romane invente des catégories qu'aucun ingénieur n'aurait pensé à tester.
C'est ça que je veux garder : pas la réussite pédagogique, mais l'honnêteté du tâtonnement.
Pour finir
Romane m'a reposé la question il y a quelques jours. Si l'IA rêvait.
Cette fois j'ai dit : "Je crois que non. Mais je ne suis pas sûr. Et les gens qui la fabriquent ne sont pas sûrs non plus."
Elle a réfléchi. "C'est bizarre de fabriquer quelque chose sans savoir tout ce qu'il fait."
Oui. C'est exactement ça. �������������������������