J'ai lu : "Petit Loup ne veut pas..."
Meryl a répondu : "...dormir."
Pas parce qu'il avait réfléchi. Parce que c'est le titre du livre, qu'on était dans l'histoire du soir, et que ce mot revenait partout.
Les deux livres du soir. Celui de Meryl, et le livre personnalisé de Romane, cadeau de son tonton.
Ce que l'IA fait quand elle parle
Quand ChatGPT répond, il ne cherche pas la bonne réponse dans une base de données. Il prédit le mot suivant.
À partir de tout ce qu'il a lu pendant son entraînement, il calcule quel mot a le plus de chances de venir ensuite. Il choisit ce mot, recommence pour le suivant, et encore. Pas parce qu'il comprend. Parce qu'il a vu énormément de phrases avant.
Et parfois, comme Meryl avec "dormir", il tombe juste sans vraiment savoir pourquoi.
L'activité
On prend un livre que l'enfant connaît bien. On lit une phrase en s'arrêtant avant la fin. L'enfant complète. Puis on lit la vraie suite. Est-ce que son mot pouvait marcher aussi ?
Deuxième temps : l'adulte dit un mot, l'enfant dit celui qui lui vient naturellement après. On construit une phrase ensemble, un mot chacun. On lit ce qu'on a obtenu.
Variante pour rire : glisser des mots qui ne vont pas. En général les enfants préfèrent cette partie.
Ce qui s'est vraiment passé
Meryl n'a pas compris la consigne. À trois ans et demi, l'histoire du soir c'est l'histoire, pas un laboratoire. Il regardait les images. Il répétait "dormir".
À un moment je lui ai laissé une phrase ouverte. Il m'a répondu : "Un petit... CALINOU." C'était "pipi". Il ne l'avait pas trouvé. Mais juste après, il m'a montré l'image. Petit Loup faisait bien pipi. Il n'avait pas deviné le mot. Il avait utilisé l'image pour me prouver qu'il avait quand même compris quelque chose.
Romane avait son livre personnalisé. Romane, le Père Noël a besoin de toi, cadeau de son tonton. Elle ne le connaît pas par cœur. Quand je me suis arrêté sur "Dans le ciel...", elle a proposé "étoilé". Ce n'était pas le mot du livre. Je lui ai dit que ça pouvait marcher aussi.
"L'IA, elle peut retrouver les mots."
On a continué à deux, un mot chacun. Je lui ai demandé comment elle trouvait ses mots.
"Ça vient dans ma tête tout seul."
C'est probablement une des meilleures explications possibles. Les mots viennent parce qu'elle a entendu des milliers de phrases depuis ses premiers mois. Son cerveau est encore dans la période où le langage s'absorbe presque sans effort, avant que ça ne demande de la volonté. Les mots viennent parce qu'elle a entendu des phrases, des débuts, des fins. Parce qu'elle sent ce qui peut suivre. Une IA ne sent pas. Mais elle fait quelque chose qui ressemble à ça, avec beaucoup plus d'exemples.
On a ensuite glissé des mots étranges. Ça a dérapé. C'était beaucoup mieux. Les deux enfants ont continué à table pendant que je cuisinais les quenelles. Je n'animais plus rien.
Pour finir
Je ne sais pas si l'IA dirait la même chose.
Elle prédirait probablement : "Les mots viennent..."
Et choisirait "naturellement."
Ce qui n'est pas faux.
